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Accord de la zone euro sur un plan de sauvetage de la Grèce

LEMONDE.FR avec AFP | 21.02.12 |

 Les pays de la zone euro se sont mis d'accord, mardi 21 février au matin, sur un nouveau plan de sauvetage sans précédent de la Grèce de 237 milliards d'euros, afin d'éviter une faillite du pays aux conséquences imprévisibles pour l'Europe entière.

L'accord, qui est toutefois loin de régler tous les problèmes de la Grèce, engluée dans la récession, est intervenu dans la nuit au terme de plus de treize heures de tractations entre les ministres des finances de l'Union monétaire, a annoncé leur chef de file, Jean-Claude Juncker. "L'accord de grande ampleur" doit permettre "de garantir l'avenir du pays dans la zone euro", a-t-il déclaré, alors que de nombreux économistes pensent qu'il est condamné à terme à la quitter. Le commissaire aux affaires économiques européen, Olli Rehn, a émis l'espoir de son côté que les mesures décidées permettraient à la Grèce "de prendre un nouveau départ".

Le plan comprend d'une part un volet d'aide publique, des prêts pour l'essentiel, à hauteur de 130 milliards d'euros jusqu'à la fin de 2014, après un premier programme de prêts en faveur du pays décidé en mai 2010 qui avait atteint déjà 110 milliards d'euros. L'autre volet porte sur un effacement de la dette de la Grèce détenue par ses créanciers privés, banques et fonds d'investissement. Ils vont finalement accepter une perte de 53,5 %, soit un effort accru par rapport à l'objectif initial, qui était de 50 %.

ÉVITER LE DÉFAUT DE PAIEMENT DANS UN MOIS

Les pertes réelles dans les comptes des créanciers privés seront supérieures à 70 %, selon un communiqué publié mardi par le comité des créanciers privés de la Grèce. Cet effacement doit permettre de réduire la dette du pays de 107 milliards d'euros : un montant inédit dans l'histoire économique mondiale, qui dépasse de loin la restructuration de la dette de l'Argentine.

La Grèce s'est dite "très satisfaite" du résultat et devrait être en mesure grâce à ce plan de soutien de faire face à une échéance de remboursement de 14,5 milliards d'euros qui tombe le 20 mars et ainsi d'éviter le défaut de paiement. Le gouvernement avait rempli politiquement sa part du contrat en se pliant aux exigences de ses créanciers publics : il a adopté un nouveau plan d'austérité au prix de violentes manifestations dans la rue et de nouvelles turbulences politiques. Un plan d'économies douloureux, de 3,3 milliards d'euros pour cette année, a été adopté, prévoyant notamment une réduction du salaire minimum et une limitation des retraites.

Les chefs des deux partis de la coalition au pouvoir, socialistes et Nouvelle Démocratie (droite), se sont engagés par écrit à respecter les promesses faites d'économies budgétaires et de réformes, y compris après les élections législatives anticipées, qui devraient se tenir en avril.

SURVEILLANCE RENFORCÉE

Les négociations ont toutefois traîné en longueur car les principaux bailleurs de fonds de la Grèce ont mis le doigt sur un trou de plusieurs milliards d'euros à combler pour parvenir à réduire la dette grecque à 120 % du PIB d'ici à 2020. C'est l'objectif fixé par le Fonds monétaire international et certains pays de la zone euro, comme l'Allemagne et le Luxembourg, qui permettra selon eux à la dette grecque de rester soutenable sur le long terme. Ce plan de sauvetage doit permettre de réduire l'endettement grec à hauteur de 120,5 % d'ici à 2020, a fait savoir une source gouvernementale européenne.

Le pays fera en contrepartie l'objet d'une surveillance encore renforcée de la part de ses créanciers, qui souhaitent s'assurer qu'elle ne dévie pas des objectifs fixés. Les tractations ont été rendues difficiles par le fait que de nombreux pays doutaient, en dépit des promesses répétées, de la capacité de la Grèce à réaliser les réformes nécessaires, d'autant que les élections législatives à venir sont susceptibles de rebattre les cartes.  

"Le plan de sauvetage de la Grèce se fonde sur une stricte conditionnalité : il prévoit de renforcer la surveillance de la Grèce et d'imposer une présence permanente de la mission de la Commission européenne sur place" chargée de l'aider à moderniser son appareil d'Etat, a ainsi déclaré M. Rehn.

LE FMI DÉCIDERA DE SA PARTICIPATION EN MARS

Le pays lui-même est miné par la récession économique, avec cinq années consécutives de recul du produit intérieur brut, et la population a de plus en plus de mal à accepter les coupes budgétaires successives exigées par les créanciers. De nombreux économistes doutent dans ce contexte que le nouveau plan de sauvetage soit le dernier chapitre de la crise grecque. Ils redoutent que le pays ait rapidement besoin d'argent frais supplémentaire, ou qu'il soit contraint de quitter la zone euro, parce qu'il ne serait pas en mesure de réaliser les réformes promises ou parce que l'austérité le maintiendrait englué dans la récession.

Pour maintenir leur objectif de ramener le ratio de dette publique grecque à 120 % de son PIB, sans augmenter les prêts des gouvernements qui refusaient de remettre la main à la poche, les ministres des finances de la zone euro ont dû opter pour d'autres solutions. L'aide publique comme l'effort des banques privées créancières ont été augmentés. L'opération a été délicate, car l'effort des banques doit rester volontaire, sous peine de déboucher sur un défaut de paiement pur et simple de la Grèce.

En outre, ce plan d'effacement de la dette doit être lancé d'ici à la date limite de mercredi pour éviter à la Grèce de sombrer dans la faillite d'ici à l'échéance du 20 mars. Les regards se tournent aussi désormais vers le FMI, qui semble disposé à participer à l'aide publique de 130 milliards d'euros, mais pour un montant toutefois encore non chiffré. Le Fonds prendra sa décision dans la deuxième semaine de mars, a dit sa directrice générale, Christine Lagarde.

 

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