À Maisons-Alfort, en cette période d’inscription des enfants à la restauration scolaire pour l’année suivante, l’inquiétude revient dans de nombreux foyers.

C’est qu’il faut produire tout un dossier bien sûr. Le livret de famille, les justificatifs de ressources…

Mais ce n’est pas tout.

Il faut surtout justifier que les deux parents sont en activité.

Pourquoi ? Mais parce que si l’un des parents ne travaille pas, alors, il peut bien faire à manger à son ou ses enfants, pardi !

À la sortie de l’école, certains s’interrogent: si on est au chômage, on peut quand même inscrire ses enfants ? Tant qu’on est «demandeur d’emploi», la réponse est oui, en pratique, mais il faut bien penser à justifier de son inscription à Pôle Emploi. Si on est en arrêt maladie, surtout, là encore, il faut bien en justifier. Et tout ira bien. Tout ira bien…? 

« Non mon petit, ta maman ne travaille pas, donc tu n’as pas le droit de manger à la cantine. »

Dans les familles, de nombreuses raisons peuvent conduire à l’inactivité d’un des parents. La diversité des situations familiales va bien au-delà de l’imagination des édiles maisonnais. Un chômage de longue durée avec à la clé, l’inutilité d’une inscription en tant que demandeur d’emploi une fois les droits épuisés. Une longue dépression. Un travail à temps partiel ou précaire non repris après une maternité. Des parents demandeurs d’asile non autorisés à travailler tant que leur demande ne sera pas examinée. Un handicap. Des facteurs culturels. Et probablement d’autres situations encore.

Dès les années 1990, la justice a sanctionné ce qui constitue une discrimination « sans rapport avec l’objet du service ». La situation professionnelle des parents ou leur disponibilité est bien étrangère en effet à la nécessité pour les enfants de disposer d’un déjeuner complet et équilibré. 

Auteur d’une proposition de loi en faveur de l’inscription dans le marbre de la loi du principe d’égal accès des enfants à la cantine, M. Roger-Gérard SCHWARTZENBERG déclarait en 2015 :

« On ne peut admettre une discrimination, fondée sur la situation professionnelle des parents, qui séparerait les élèves les uns des autres au moment du déjeuner, qui mettrait à l’écart les plus défavorisés.

Le rôle de l’école n’est évidemment pas d’ajouter la difficulté à la difficulté, mais d’accueillir chacun et de garantir l’égalité républicaine.

De plus, dans notre pays, sixième puissance économique mondiale, 8 600 000 personnes, soit 14 % de la population, vivent sous le seuil de pauvreté, dont 2 700 000 enfants, c’est-à-dire un enfant sur cinq. Selon une enquête de l’UNICEF, avec la crise, la France comptait 440 000 enfants pauvres de plus en 2012 qu’en 2008. Pour ces enfants très démunis, le seul vrai repas de la journée est souvent le repas à la cantine scolaire.

On ne peut laisser des enfants de chômeurs à la porte des cantines scolaires et à l’écart de leurs camarades de classe. Cette discrimination ne peut être admise. La République, c’est avant tout la solidarité, la fraternité. »

Qu’ajouter à ces mots, si ce n’est que la loi du 27 janvier 2017 a en effet inscrit dans le code de l’éducation que « l’inscription à la cantine des écoles primaires, lorsque ce service existe, est un droit pour tous les enfants scolarisés. Il ne peut être établi aucune discrimination selon leur situation ou celle de leur famille ».

À Maisons-Alfort, c’est la Ville qui devrait s’inquiéter d’être hors-la-loi. 

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